VOYAGE à PARIS
Du 6 au 8 décembre 2018

« JAPON, JAPONISMES »
au Grand Palais




musées de Saintes
Compte rendu

      Au seuil du Musée des Arts Décoratifs, le propos liminaire de M. Battestini se révèle de nouveau nécessaire et instructif. Si les contacts entre l’Occident et le Japon n’ont jamais cessé depuis le XVIème s., c’est après l’ère Edo, féodale et isolationniste, et dès le début de l’ère Meiji, dans les années 1860, que le Japon s’ouvre aux échanges, s’industrialise et bientôt participe aux expositions universelles de Londres et de Paris notamment. Toutefois le « japonisme » (au sens strict : « l’influence qu’a exercée le Japon sur l’art occidental entre le milieu du XIXème et jusqu’au début du XXème s. ») n’est pas né  d’une volonté exercée par le Japon, mais, à rebours, d’un engouement européen, principalement français, pour ce pays dont Siebold, Cernuschi, « notre » Duret*, entre autres voyageurs et collectionneurs, ont contribué à diffuser des arts et une culture qui ont imprégné et en partie renouvelé l’art moderne, de l’impressionnisme à l’Art nouveau et au-delà, jusqu’à l’Art déco et à l’art abstrait d’après-guerre.
      Pour célébrer ce siècle et demi d’une attirance devenue, depuis lors, réciproque, le Musée des Arts Décoratifs, inauguré lui-même en 1868, a ouvert ses très riches réserves, accueilli des prêts et réparti au total 1400 objets sur trois étages et 2200 m². Ces chiffres disent assez la surabondance et la variété vertigineuses de cette exposition. Elle est organisée selon cinq thèmes peut-être un peu flous (les acteurs de la découverte ; la nature ; le temps ; le mouvement ; l’innovation) et en sections qui peuvent sembler arbitraires, ce qui tend sans doute, comme le débordement même des œuvres et des objets, à effacer les repères. Pourtant, l’élégante scénographie de l’architecte Sou Fujimoto, conciliant dans la pénombre l’aspect d’un cabinet de curiosités et celui d’une alcôve d’intérieur japonais , aère le parcours, ménage la contemplation. Sur de frêles et inégales tiges noires, des feuilles de papier washi blanc servent d’écrin aux objets, en des espaces habillés de rouge ou de noir qui les mettent en valeur.
     Eventails, masques, peignes, vases, tsubas, netsuke, bols et plateaux, vanneries, paravent, kimonos, estampes d’Utamaro (Femme assise au bord d’une véranda) et d’Hiroshige (Le Temple de Kinryuzan) – le foisonnement et la diversité épuiseraient l’énumération. Les motifs eux-mêmes sont récurrents : bambous, hirondelles, nénuphars, branches de pin, langoustes, cerisiers en fleurs,… Unique, lui, un palanquin, laque et or, somptueusement décoré, reste arrêté dans son étrangeté. Au-delà de cette apparente accumulation, et grâce au mélange des époques et des disciplines, de la tradition et de la modernité, des créations japonaises et des œuvres japonisantes, sont proposées de passionnantes mises en regard, par exemple de kimonos ou vêtements d’armure avec des robes de Poiret ou de Galliano. On peut mesurer aussi ce que les affiches de spectacles 1900 doivent aux estampes nippones que collectionnaient pour leur part Van Gogh, Monet ou Degas. Une pince à sucre en bambou aurait suggéré à Charlotte Perriand sa fameuse chaise longue basculante (1940), qui rappelle ou annonce le minimalisme très stylisé des sièges du Japon (tabouret « Papillon » de Sori Yanagi). Il advient même qu’une œuvre française inspirée de l’art japonais soit réinterprétée à son tour par celui-ci, relançant le dialogue où rivalisent beauté et virtuosité, au point que, pour certaines pièces contemporaines, on peut hésiter si elles sont l’œuvre de designers japonais ou d’artistes français. Ainsi en va-t-il avec la mode qui, achevant le parcours, occupe le troisième étage : des couturiers français, tels Jean-Paul Gaultier ou Lagerfeld, ont été influencés par le Japon, tandis qu’une robe noire de Yohgi Yamamoto rend hommage à Dior. Désormais, les grands noms japonais ont investi Paris, capitale mondiale de la haute couture, et toute une salle est consacrée à Issey Miyake – ses plissés, son graphisme –, qui conjugue, à partir de matériaux propres au Japon, les technologies dites de pointe avec celles d’artisans traditionnels qui ont reçu le statut de « trésors nationaux vivants ».
       En somme, à considérer ces cent cinquante ans et le monde actuel globalisé, on comprend  combien le pluriel, dans le titre de l’exposition, se justifie…

(*) Voir notre Bulletin n°17.

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