VOYAGE à PARIS
Du 6 au 8 décembre 2018

« ZAO WOU KI - L’espace est silence »
Musée d’Art moderne




musées de Saintes
Compte rendu

             Place à la splendeur !
            Alors qu’un après-midi pluvieux et inquiet pèse déjà sur Paris, nous entrons, peu nombreux, au Musée d’Art moderne, entraînés par l’enthousiasme de M. Battestini. Cinq ans après la mort de Zao Wou Ki (1920-2013), quarante de ses œuvres, réparties en quatre vastes salles, sans prétendre constituer une rétrospective, témoignent de ses évolutions et de sa confrontation aux grands formats, huiles et encres, à partir du milieu des années 50. Quarante œuvres, c’est peu, et cela suffit pour pénétrer dans l’expérience de celui qui s’est, à l’époque, affranchi de toute théorie d’avant-garde comme des critères figés des années 80. Œuvres le plus souvent immenses, dont des triptyques de plus de cinq mètres sur deux, et notamment des hommages à Michaux, à Edgar Varèse, à Monet, à Matisse, c’est-à-dire à la poésie, à la musique et à ses pairs.
           A l’entrée, Traversée des apparences (1956), la toile et son titre ont valeur emblématique, programmatique. Zao Wou Ki a penché pour « l’abstraction » sans l’avoir décidé, dit-il, et il récuse le terme : son travail ne s’attache certes pas à représenter le monde, à en donner l’illusion, mais, l’ayant déchirée, à accueillir et à transcrire la perception intérieure, à cheminer vers l’élémentaire, sa fraîcheur, en capter l’appel, l’écouter, lui faire écho. Pourquoi s’obstiner à chercher la suggestion d’un lac ici, d’un buisson là, ailleurs d’une brume ? Au demeurant, beaucoup de ses tableaux n’auront plus de titre qui les relierait encore au réel et orienterait notre vision : seule les identifiera la date de leur achèvement. La première salle paraît consacrée aux mutations des années 1956-1966, marquées par la « révélation » de Varèse, la rencontre de la peinture américaine (Sam Francis, Joan Mitchell) et, simultanée au renoncement à la représentation, l’apparition de grands formats. Avec les années 70, d’autres renouvellements se donnent cours. L’œuvre retentit de chocs affectifs, comme la mort de la seconde épouse (En mémoire de May, 1972), déplace les motifs au sein de tableaux horizontaux dont le format est tantôt ramassé et tantôt déployé en polyptyques, et dans lesquels la densité – empâtements, granulations – peut alterner avec la fluidité la plus légère ou la plus « lyrique ». Les harmonies semblent encore peu contrastées, privilégiant les gris, les terres, les ocres. C’est dans la troisième salle que les toiles s’éclairent, s’épurent, laissant sa part au vide, dans un chromatisme qui fait rivaliser en intensité les bleus, les rouges, les jaunes. Quatre bandes de couleurs condensent un demi-siècle de création et de reconnaissance dans Hommage à Matisse (1986), inspiré de Porte-fenêtre à Collioure de 1914. Sur quoi donc ouvre-t-elle, cette porte à la fois vide et pleine ? L’Hommage à Claude Monet (1991) qui dialogue avec les Nymphéas propose à son tour une immersion totale : monde et peinture ne font plus qu’un. Et dans Le Vent pousse la mer (2004), la barque minuscule, délibérément figurative, à droite, si elle contraste avec l’énormité des éléments, dit aussi une trace dans le parcours accompli par l’artiste. « Maintenant, je ne cherche rien d’autre qu’à faire un tableau, dit-il. […] C’est un chemin vers l’infini par le seul recours de la couleur. » Mais c’est à de grandes encres, jamais exposées à Paris, qu’est dévolue la dernière salle. On peut y voir aussi bien un retour aux sources, à l’art traditionnel chinois, que l’alliance aboutie, consentie, de l’Orient et de l’Occident. L’encre de Chine, « son bien héréditaire », selon son ami Henri Michaux, réclame souplesse, rapidité, toujours plus de liberté : taches, pistes, griffures, tumultes et harmonies, éclosions et dilutions, substance et vide, blanc et noir, espace ouvert, sans pesanteur et sans repère, délié du monde apparent auquel nous sommes assignés. On dit que l’idéogramme mandarin de Wou Ki signifie « illimité ».


Ici s’achève notre voyage à Paris de 2018, puisque, les manifestations du 8 décembre ayant provoqué la fermeture du Musée d’Orsay, nous n’avons pu y visiter les expositions prévues : « Picasso Bleu et rose » et « Renoir, père et fils ».

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