Vendredi 2 février 2018

VOYAGE A BORDEAUX

COMPTE RENDU


musées de Saintes

Salon des Antiquaires & Musée des Beaux-Arts

Cette année de nouveau, une belle trentaine d’entre nous se sont risqués dans l’aube noire et le froid vif afin d’embarquer en bus à destination du Salon des Antiquaires, qui réunissait, au Parc des Expositions de Bordeaux-Lac, pour sa 44ème édition, une centaine d’antiquaires et de marchands d’art contemporain, venus de tout le Sud-Ouest mais aussi de Paris et d’autres régions. Peu de visiteurs, en cette matinée : le plaisir de déambuler librement double alors celui qu’apporte la juxtaposition ou la confrontation de spécialités différentes qui, du mobilier aux bijoux, des tapis aux tableaux, de l’orfèvrerie aux gravures, se rehaussent mutuellement. Et si certains stands  proposent simples vitrines ou sobres accrochages, d’autres s’attachent à créer des intérieurs éphémères où œuvres et objets, mis en espace et en valeur, semblent tout disposés à (et pour) venir prendre place chez nous…
           Comme l’an passé encore, nous déjeunons, fort bien, dans les  confortables salons de l’Automobile Club, en compagnie, cette fois, de Mme Mansencal, présidente de la très active Société des Amis des Musées de Bordeaux, et de M. de Baritault, président des Amis du Musée des Arts Décoratifs et du Design. Après quoi, Mme Beccia, historienne de l’art, nous reçoit au seuil du Musée des Beaux Arts : créé en 1801, installé depuis 1881 dans les deux ailes construites par Ch. Burguet, il a récemment bénéficié d’importants travaux de rénovation. Seuls 13 % de la collection, l’une des dix plus importantes de France, sont exposés, chronologiquement, du XVè au XXè s. Voyage dans le temps et dans l’histoire de la peinture. Notre guide, tout en laissant à chacun le loisir de contempler à son gré, arrête à bon escient notre attention sur quelques chefs-d’œuvre et les présente avec justesse. Tout d’abord, l’une des trois versions, avec celles de Londres et de Vienne, du Tarquin et Lucrèce (vers 1570) du Titien, puis la Danse des Noces de Bruegel de Velours, huile sur cuivre ovale, où, sous l’apparente récréation festive, est dénoncée la crudité des mœurs. Plus loin, le Chêne foudroyé de Van Goyen, quasi monochrome : son paysage emblématique, avec ses branches mortes ou en feuilles, et la diseuse de bonne aventure, et la chouette funeste expriment l’aveuglement de l’homme par la superstition. Une vanité de De Heem rassemble des symboles que Mme Beccia décrypte pour nous : l’épi et le raisin évoquent le corps et le sang du Christ ; le zeste déroulé du citron, la nécessité de se détacher de la matière au fil du temps ; la plume, la précarité ; le repas achevé, notre finitude et la chute prochaine ; etc. C’est que, dans la peinture de l’époque, le divertissement de l’œil ne doit point se payer de l’égarement de l’esprit  ! Au fond de l’aile sud, se déploie l’illustre et minutieuse Vue d’une partie des quais de Bordeaux (1806), peinte en trois ans par Lacour, premier conservateur du musée, qui paraît vouloir ici rivaliser avec Joseph Vernet autant qu’avec les védutistes.
           Dans l’aile nord, nous accueille, bras ouverts, La Grèce sur les ruines de Missolonghi (1826) de Delacroix, œuvre engagée, allégorique, où la sublime jeune femme en costume traditionnel, qui figure la Grèce, prend l’expression et l’attitude d’une pietà. Suivent – mais le temps déjà nous presse – l’académisme avec Bouguereau, Corot et le regain de la peinture de paysage, quelques impressionnistes, le grand nu tout en blancs du Rolla de Gervex, Odilon Redon, Bordelais comme Lhote plus tard, des Marquet magnifiques (Jardin au Pyla, 1935), Picasso, et des œuvres importantes des arts après la guerre. Même un peu hâtif, ce parcours lumineux a éclairé longtemps le crépuscule de notre retour, et quelques soirées d’hiver..