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Le Gallia Théâtre de Saintes


Vendredi 15 février 2019

LA DUCHESSE D’ANGOULEME
ET LES ARTS

Conférence de M. Macé de Lépinay, attaché de conservation au Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux



musées de Saintes
COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE

         Elle n’a guère pesé sur le cours de l’Histoire, mais l’inverse, avec une cruauté intermittente, a été vrai. Elle ne s’est point intéressée aux arts, mais l’inverse, là encore, s’est vérifié. Or, une exposition envisagée, et qui eût enfin témoigné de ce que son destin a inspiré aux artistes, n’aura pas lieu. La conférence de M. de Lépinay, illustrée d’innombrables documents qui manqueront ici, est la trace de cette manifestation fantôme dont lui-même devait être une cheville ouvrière.
            Chaque moment de la vie de Marie-Thérèse Charlotte de France (1778-1851), dite « Madame Royale », puis duchesse d’Angoulême et finalement comtesse de Marnes, a donné lieu à des gravures, des tableaux, des objets. Voici d’abord, avant une naissance espérée depuis huit ans, le portrait de son père Louis XVI, par Duplessis, en 1777, et, par Mme Vigée Lebrun, en 1778, celui de Marie-Antoinette offert à Marie-Thérèse d’Autriche, la grand-mère. La naissance n’est l’occasion que d’un croquis de Gabriel de Saint-Aubin et d’estampes allégoriques : c’est qu’on attendait un dauphin. Les premières effigies de « Mousseline la sérieuse », sobriquet donné par sa mère, sont des miniatures, avant son portrait par Kucharski (1782) et les représentations successives de Marie-Antoinette et ses enfants par Mme Vigée Lebrun ou par Wertmüller (1785). Louis-Joseph mort, Guttenbrunn peint Madame Royale avec le nouveau dauphin Louis-Charles.
            Elle a dix ans pour la Révolution. Après Varennes, la famille royale est enfermée aux Tuileries ; c’est là que nous la montre Hubert Robert (1792). Hauer peint les séparations de Louis XVI, du Dauphin ; Pajou, plus tard, en 1818, celle de Marie-Antoinette. Dans les saisons éprouvantes de la prison du Temple, les siens disparus, esseulée, la jeune fille devient paradoxalement une sorte de célébrité, « l’Orpheline du Temple », et un support de la propagande royaliste. Elle est délivrée le jour de ses 19 ans (gravure de Lasinio) : on l’a échangée contre des prisonniers politiques. Elle gagne bientôt Vienne où Füger la figure en grand deuil, et rejoint, dans l’immense château de Mittau (en Lettonie actuelle), son oncle, futur Louis XVIII, et son cousin germain, duc d’Angoulême, qu’elle épouse. Elle incarne la légitimité et la fidélité monarchiques, devient héroïne de romans à succès, acquiert le nouveau surnom d’ « Antigone française » ! Alors que l’Histoire va vite, en ces temps-là, l’exil se prolonge à Hartwell, en Angleterre.
            Lors de la première Restauration, son personnage symbolique fixe plus l’attention que sa personne réelle (des portraits de G. de Galard sont déclinés en de multiples matériaux), notamment à Bordeaux, première ville « libérée », où la surprend, un an plus tard, le retour de Napoléon. Son départ (ou sa fuite ?) inspirera à Gros en 1818 la vaste toile grandiloquente L’Embarquement de Madame, duchesse d’Angoulême, à Pauillac. Son image se brouille alors. Minerve ou Furie ? Dévote ou chef de guerre ? Populaire ou trop ultra ?
            Durant les quinze ans de la seconde Restauration (1815-1830), elle joue le rôle d’une reine de substitution, toujours aux côtés du monarque, et c’est bien en souveraine que Gros la représente (1816-1817). Peu conciliante en politique, elle multiplie les activités charitables et les voyages dans l’Ouest et le Midi, attachée à donner de la royauté une image maternelle autant que prestigieuse, comme en témoignent ses habits et ses parures : les premiers sont transformés en vêtements liturgiques ; les secondes, notamment celle de rubis et diamants exécutée pour Marie-Louise, sont remises au goût du jour. Et elle collectionne, dans son château de Villeneuve-l’Etang, les meubles ayant appartenu à sa mère.
            Avec l’abdication de Charles X (1830), et sous le titre de courtoisie de comtesse de Marnes, commence pour elle le dernier et plus long exil, d’abord en Ecosse, puis à Prague, à Goritz en Slovénie, enfin au château de Frohsdorf, près de Vienne. Disputes familiales, étiquette royale, prières, charités. La dernière dauphine de France repose dans la crypte des Bourbons, au monastère franciscain de Kostanjevica.

Diaporama 11 photos

  • 1 Le croquis de G. de Saint-Aubin
  • 2 Par Kucharski (1782)
  • 3 Par Wertmüller (1785)
  • 4 Aux Tuileries, par Hubert Robert (1792)
  • 5 Les adieux de Louis XVI, par Hauer (1794)
  • 6 Lasinio Le départ de Marie-Thérèse de France (gravure)
  • 7 Par Füger (1796)
  • 8  Par Gros (1817)
  • 9 Gros L'Embarquement de Madame... (1818)
  • 10  Les bracelets de rubis et diamants
  • 11  Le diadème de la duchesse d'Angoulême
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