Vendredi 26 janvier 2018

LES GRANDS EBENISTES FRANCAIS DU XVIIIe SIECLE

par
M. Marc Battestini
Historien, ancien conférencier des musées nationaux


musées de Saintes
COMPTE RENDU

LES GRANDS EBENISTES FRANCAIS DU XVIIIe SIECLE


Cette causerie, évoquant à foison les ébénistes qui ont couru leur carrière entre la fin du règne de Louis XIV et la Révolution, nous rappelle l’exposition « 18e − Aux sources du design » que nous avons visitée à Versailles en décembre 2015. De tant de praticiens fameux et de fastueux modèles, eux-mêmes choisis parmi bien d’autres, la page qui suit ne livre bien sûr qu’un rapide et incomplet survol.
            Depuis 1636, les différents corps de métiers sont réunis en jurandes : les menuisiers fabriquent les formes stéréotypées du bâti au moyen de gabarits ; on leur associe en 1760 les sculpteurs sur bois ; viennent ensuite les ébénistes qui ornent et décorent (sans toujours estampiller), puis les bronziers et enfin les tapissiers : au total, 895 artisans au cours du siècle, regroupés à Paris en « villages » (rue de Cléry, faubourg Saint-Antoine,…). Aux relations entre ateliers voisins s’enchevêtrent des liens de famille qui protègent l’hérédité des maîtrises. Le contexte économique favorise une production de prestige ; de nouveaux types de meubles (la commode ; le bureau dont la ceinture devient tiroir ; plus tard la bergère) réunissent l’esthétique et l’aspect pratique. Quand le majestueux cède le pas à l’élégant, l’utile consent à l’agréable.
Boulle
, troisième du nom et maître de la « peinture en bois », dont nous voyons notamment la bureau composé pour l’Electeur de Bavière et une commode de 1709, imagine en marqueterie la technique de la contrepartie : d’abord découpés l’un sur l’autre, le métal sert de fond au bois ou à l’écaille et, symétriquement, ces derniers au métal. Cressent (bureau plat portant aux angles ces espagnolettes dont il semble être l’inventeur) se signale par l’influence du style rocaille dans la structure et par l’inventivité de ses ornements : la marqueterie gagne toute la surface du meuble, concourt avec les bronzes à alléger les masses. De Gaudreaux, son émule et fournisseur de la Couronne, nous retenons le célèbre médaillier pour le cabinet royal de Versailles, en forme de bas d’armoire, au plan chantourné, plaqué de bois violet. A partir de Joubert, les lignes sont plus sévères, les bronzes moins couvrants, le mobilier plus petit, plus maniable ; le vernis Martin tend à se substituer aux laques d’Orient.  Voici BVRB (Bernard II dans la dynastie Van Riesenburgh), créateur de modèles et de variantes originales par leurs souples incurvations et renflements délicats, dont le chef-d’œuvre, le bureau pour le Dauphin, marqueté d’amarante et décoré de bronzes, ne doit point faire négliger telle petite table à dessus de porcelaine, logée en son coffret, ni certaine table à écrire aux tiroirs de laque à fond noir. Il faudrait pouvoir analyser les sièges à châssis de Heurtaut, ceux des Foliot, autre dynastie, ceux de Delanois et ceux de Tilliard (confident). Arrêtons-nous un instant à l’extraordinaire table à mécanisme, « à sextuor », de Pierre Migeon, ou aux meubles à transformation spécialement conçus par Oeben, mécanicien autant qu’ébéniste, pour l’invalide duc de Bourgogne. Van der Cruse, dit Lacroix, beau-père du précédent, renouvelle par leur décoration des modèles habituels, par le style plus que par la conception (secrétaire violoné). Avec Riesener, le mobilier français atteint sa quintessence, comme en témoignent, par exemple, l’illustre secrétaire mécanique « à lattes mouvantes » de Louis XV, ou, plus modeste, si l’on ose dire, un petit secrétaire décoré de bronzes dorés et de nacre. Jacob et ses fils travaillent pour Trianon et, s’ils sacrifient au « goût étrusque », ils savent aussi concevoir des sièges avec accotoirs terminés par des carlins. Martin Carlin, justement, exécute l’insigne serre-bijoux avec plaques de Sèvres de Marie-Antoinette. A peine effleure-t-on encore les travaux de Weisweiler, Roentgen, Boulard, Benneman, Schwerdfeger : le propos de M. Battestini doit se suspendre, à défaut de s’achever, pour laisser place à l’Assemblée Générale de notre Association.
Diaporama 15 photos

  • BVRB
  • Benneman
  • Boulle
  • Cressent
  • Gaudreaux
  • Georges Jacob
  • Heurtaut
  • Martin Carlin
  • Migeon - Table à sextuor
  • Oeben
  • Riesener
  • Riesener
  • RVLC
  • Tilliard
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