En partenariat avec
Le Gallia Théâtre de Saintes


Vendredi 18 janvier 2019

Conférence de
Stéphane GUEGAN
Conservateur, historien d’art, sur le peintre Jean-Michel BASQUIAT (1960-1988)

Projection du film de Sara DRIVER
" BASQUIAT, UN ADOLESCENT A NEW YORK "

musées de Saintes
COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE

          Associant une nouvelle fois conférence et film sous l’égide du Gallia, cette soirée consacrée à Jean-Michel Basquiat (1960-1988), l’un des artistes les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, faisait écho à la riche rétrospective qui venait de s’achever à la Fondation Louis Vuitton.
            Sur la précocité de Basquiat, son très bref destin mais un corpus de 1000 œuvres, tout de même, on a plaqué à l’envi le cliché romantique de l’artiste fulgurant (Mozart de la peinture, Rimbaud de la couleur), qui aurait surgi de Manhattan Sud où le film Downtown 81 le montre déambulant et où il graffitait avec Al Diaz les murs d’une ville alors en faillite et déshérence, Pompéi moderne. Quinze ans plus tard, en 1996, le film de J. Schnabel, avant ceux de Tamra Davis et de D. Shulman, fait entrer encore davantage dans la fiction un Basquiat déjà légendaire ; le documentaire tout récent de S. Driver promet une autre lecture.
            Or, Basquiat lui-même a contribué, et résolument, à créer son propre mythe. Sa créolité, qui est aussi équilibre culturel entre plusieurs mondes, ne peut faire oublier qu’il a été élevé dans la classe moyenne de Brooklin, enfant gâté, insoumis, tôt familier de l’art dans les musées, qui se donne une culture et les moyens de sa réussite, se sait artiste et se veut star. A seize ans, il choisit la rue et se met à fréquenter l’effervescent underground de l’époque, et très vite apparaît sur les murs de Soho la signature-logo « SAMO © » accompagnant de courts messages : cette hybridité de la peinture et de l’écriture annonce sa pratique future.
            Qu’il rompe avec Al Diaz, qu’il participe au Times Square Show puis à « New York/New Wave », qu’il y soit d’emblée repéré – et le voilà peintre, couronné aussitôt du qualificatif de « radiant child » par la revue Artforum, jeté sur le marché et dans le monde de l’art que « SAMO © » récusait, et désormais la proie volontaire d’un succès foudroyant et risqué. Stéphane Guégan insiste sur ce zénith du début des années 80, avant que Basquiat ne laisse sa vie en partie lui échapper dans les médias, les fêtes, les dollars et les drogues. Foin du formalisme, du minimalisme, du conceptuel : émerge alors un art plus agressif, sinon brutal, plus direct, plus émotif. Celui de Basquiat porte pourtant des traces de Dubuffet, de Twombly, de Picasso, des totems d’Afrique ou des cavernes ; il se reconnaît même justement à cette fusion de la tradition et de la liberté, du passé, voire de l’archaïque, et de l’immédiateté bouillonnante de New York. Tout lui est bon qui brouille les frontières, sur tous supports, rugueux, inattendus, hétéroclites : acrylique et spray, crayon et pastel, encre, symboles, figures, lettres, inscriptions en plusieurs langues, recouvrements et apparitions. Sa création est compulsion et combustion, urgence, paroxysme et couleurs assourdissantes. Seuls les tableaux peints avec Warhol semblent manquer d’inspiration. Dans son panthéon singulier se côtoient aussi bien boxeurs (Sugar Ray Robinson, 1982), musiciens de jazz (Horn Players, 1983), personnages mythologiques (Samson) ou historiques (Toussaint l’Overture versus Savonarolo [sic], 1983).  En de vastes polyptyques, des formes frontales sont animées par le rythme syncopé de la musique be-bop. Basquiat peint la complexité ou l’ambiguïté (Irony of Negro Policeman, 1981), plus qu’il ne sert un communautarisme (Obnoxious liberals, 1982). A partir de 1984, sa grammaire et son lexique picturaux, désormais fixés, parfois se répètent. L’obsession de la mort le gagne, et la lucidité devant lui-même et son succès. Pressentiment peut-être, ou emblème de l’autodestruction, l’année de sa disparition Riding with Dead (1988) est une version moderne et burlesque de la danse macabre.

            Comme le titre l’indique, Un adolescent à New York de Sara Driver est, certes, d’abord un documentaire sur les trois années (1978-1981) où Basquiat vivait à l’aventure dans les rues d’East Village, avant d’accéder d’un coup aux galeries officielles et à la célébrité. Mais Sara Driver a été elle-même le témoin de ces années-là et de la jeunesse de Basquiat. Son film est donc bien davantage : une évocation, une reviviscence de ces saisons incandescentes, entre l’explosion punk et le surgissement terrifiant du sida, quand la ville, investie par la violence et la drogue, l’était aussi par une créativité rageuse, sans souci ni frontières : musiciens, peintres, graffeurs, sculpteurs, cinéastes se retrouvaient au CBGB ou au Mudd Club, entre autres,  pour inventer et partager leurs expériences percutantes et enjouées. Autant que de Basquiat en galopin génial, c’est le portrait de tout un quartier et de toute une époque que composent sans mélancolie les souvenirs d’Alexis Adler, et de Nan Golding, Fab 5 Freddy, Lee Quinones, Luc Sante, Jim Jarmush,...

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