En partenariat avec
Le Gallia Théâtre de Saintes


24 mai 2019

SOIREE VENITIENNE : 
« TIEPOLO, UN SUCCES EUROPEEN », Conférence de Fabrice Conan, historien de l’art,
suivie du film

« CASANOVA, UN ADOLESCENT A VENISE », de Luigi Comencini (1969).




musées de Saintes

COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE

           

Dans la salle du Gallia, ce soir-là, un visage projeté nous accueille : c’est Tiepolo, peint auprès de son fils Giandomenico, dans un angle de son plus grand décor, le plafond de l’escalier d’honneur de la Résidence de Würzburg – et il regarde ailleurs. C’est vers cet ailleurs que nous entraîne la conférence de F. Conan, aussi agréable qu’érudite, ponctuant d’analyses d’œuvres la longue carrière, la prodigieuse abondance du dernier lion de Venise.
            Né en 1696 dans une famille commerçante, Tiepolo se forme dans l’atelier de Lazzarini, et retient du Véronèse le sens de la mise en scène et les compositions élégantes. A vingt ans, introduit dans le milieu artistique vénitien (il épouse la sœur des Guardi) et dans les familles patriciennes, il obtient ses premières commandes d’importance (Saint Barthélémy pour l’église San Stae) que signalent leur dynamisme, le clair-obscur, une gestuelle très ample, une ambiance chromatique originale, encore ténébriste. Le cycle des fresques pour la famille Dolfin, dans l’archevêché d’Udine, lui fait habiller et organiser de très grands espaces et éclaircir sa palette. Dès les années 1730, il doit à sa notoriété de fresquiste d’être appelé à Milan, Bergame, Vicence, Padoue, tandis qu’à Venise il traite plutôt sur toile des thèmes religieux (L’Education de la Vierge, 1732, église de la Fava). Sa première commande étrangère, en 1737, pour le prince-évêque de Cologne, est Le Pape Clément devant la Trinité. Le plafond des Gesuati (L’Institution du Rosaire, 1737-1739) le pose, à 41 ans, en peintre majeur de la Sérénissime.
            Alors, sollicité de toutes parts, il peint au palais Clerici de Milan Apollon et les Continents, puis un important décor aux Carmini de Venise, et le cycle de Renaud et Armide, où son illusionnisme virtuose retrouve un chromatisme clair, et, par trois fois, le cycle d’Antoine et Cléopâtre. Inondés de cette lumière blanche qui fait chanter les couleurs, héros fictifs ou historiques, saints ou païens, allégories codifiées et Vénitiens réels se mêlent, et les rangs, les âges, les modes, le fugitif et l’intemporel, en une euphorie picturale parmi les étoffes qui battent, les architectures feintes, des étagements de nuées. Le tragique n’est pas son affaire, mais les triomphes, les banquets, les apothéoses, qu’il assortit de détails de fantaisie. Et la touche nécessairement rapide de la fresque, qui interdit l’hésitation, le repentir,  ajoute encore à la vivacité.
            Poussé par Algarotti, Tiepolo accepte en 1753 l’invitation du prince-évêque de Würzburg. Il  séjourne trois ans en Franconie, exécutant dans le salon d’apparat le plafond et deux fresques murales qui exaltent l’histoire de Frédéric Barberousse. Selon la lumière, l’heure du jour et le déplacement de qui regarde, la fresque et sa lecture changent sans s’épuiser. S’ajoute bientôt la décoration à fresque de l’escalier d’honneur, œuvre stupéfiante de 600 m² accomplie en 218 jours. L’invention et l’univers imaginaire de Tiepolo se donnent ici liberté  et Les Quatre Continents  rendent hommage à celui de la peinture.
            Au retour à Venise, en 1753, les commandes nombreuses allient toujours décors religieux et profanes, à fresque et sur toile. Son atelier, dans lequel travaillent ses fils Lorenzo et Giandomenico, est le premier de Venise, sans doute d’Europe. Un de ses ensembles les plus harmonieux est celui qui orne,  sur des sujets fournis par Homère, Virgile, le Tasse, l’Arioste, la villa Valmarana, située près de Vicence (et dont Giandomenico prend en charge le pavillon annexe). A Venise même, il décore à fresque deux plafonds à la Ca’ Rezzonico ; à Stra, la villa Pisani.
            Enfin, convié, ou plutôt convoqué par Charles III d’Espagne, Tiepolo, en 1762, part avec ses fils pour Madrid, où la rigidité de l’étiquette, le poids de l’église, l’inattention du souverain sont bien éloignés des mœurs et de l’esprit vénitiens. Après Le Monde rend hommage à l’Espagne au plafond de la salle du trône, il peint deux autres décors au Palais royal : L’Apothéose d’Enée et L’Apothéose de la Monarchie espagnole, puis, parmi d’autres œuvres, sept retables pour les Franciscains d’Aranjuez, et il meurt en 1770, sans avoir revu la cité des lagunes.

            Nous y retournons, nous, et à la même époque, en (re)voyant le film de Comencini, fidèle pour l’essentiel à l’enfance de Casanova et aux expériences initiatiques de sa jeunesse, telles qu’il les raconte lui-même dans ses incomparables Mémoires écrits en français ! Comme le récit, le film mêle plaisamment les scènes de genre, la vie populaire et les débordements patriciens, et les émois du cœur, des sens ; et il les relève de discrètes références picturales, en particulier à Pietro Longhi (La Visite au couvent, Le Rhinocéros).

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