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Le Gallia Théâtre de Saintes


Vendredi 15 mars 2019

SOIREE GIACOMETTI

« Giacometti : sortir du temps » : conférence de M. Hugo Daniel, de la Fondation Giacometti
Projection du film « Alberto Giacometti, the final portrait » de S. Tucci (2017)



musées de Saintes

COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE

            Alors que s’est ouvert, en juin 2018, l’Institut Giacometti, rassemblant la plus grande collection de ses œuvres et reconstituant l’atelier avec son mobilier et ses murs authentiques, et au moment où se tient, au « LaM » de Lille-Métropole, l’exposition « Alberto Giacometti, une aventure moderne », le propos de haut vol de M. Daniel, qu’il limite pour l’essentiel à l’œuvre sculpté, est de montrer qu’au-delà des « périodes » qu’on se plaît à distinguer dans la création de Giacometti, sa visée profonde est, échappant à la chronologie, de « sortir du temps », d’accéder à une simultanéité où cohabitent toutes les époques.
            Jeune peintre, à la suite de son père, et jeune sculpteur, la figuration est d’abord son souci, et les siens sont ses modèles : son frère Diego lui inspire sa première sculpture en 1914-1915. Quand il gagne Paris en 1922, selon le vœu de son père, il fréquente l’Académie de la Grande Chaumière et l’atelier de Bourdelle, mais consacre au Louvre ses après-midi. Peu à peu, il se détache de l’académisme : surface plus incisée, platitude plus importante ; de Flora Mayo, le visage (1926) est quasi martelé. Au temps de Laurens, de Lipchitz, Giacometti intègre l’avant-garde. S’il adopte la grammaire cubiste, il reste fidèle au thème du couple (Figure dite cubiste, 1926 ; Couple cubiste, 1926-1927). Tandis que les formes se géométrisent, le socle gagne en présence, fusionne avec la figure. Œuvre charnière, La Femme cuillère (1927) témoigne que l’émancipation du cubisme se fait au profit d’un dialogue avec l’art archaïque et d’une réflexion sur la symbolique des formes et leur polysémie. La signification, à la fois représentation et symbole, circule, ambiguë, aléatoire, en des formes mixtes ; démembrée dans ses volumes, la sculpture se reconstruit dans l’harmonie des signes (Femme plate V, 1929 ; Tête qui regarde, 1929). Avec Boule suspendue (1930), Giacometti invente le dispositif scénographique de la cage, espace délimité, ouvert et clos en même temps, où font œuvre l’objet, le cadre et leur appropriation par l’œil. Il est alors introduit dans le mouvement surréaliste, explorant, avec ses « objets désagréables », les thèmes du regard et d’un érotisme métaphorique. Mais à Tête de Diego (1934) il doit d’être évincé du groupe : or, figuration, modelé, facture marquent là non un recul mais une relance, une ressource et non une régression. L’atelier, le même durant 40 ans, tel que l’ont photographié Brassaï, Weiss, Doisneau, refuge, cachette, caverne, où se condense la réalité physique, produit et histoire de Giacometti, lieu de vie et d’action pour les œuvres anciennes ou en chantier qui y voisinent et se font écho, concrétise cette concomitance des temps et la continuité des thématiques. A la fin des années 30, les formes s’allongent ; le socle, énorme, a valeur de cage mentale, comprend la figure, laquelle, « toute petite » et près, dirait-on, de disparaître, concentre le regard (Silvio debout, 1943). Désormais, ce jeu sur l’échelle et le socle où elles sont engluées met en espace les sculptures les plus fameuses, comme L’Homme qui marche (1960) – ces maigres figures obstinées, impénétrables et démunies, qui interrogent ou arpentent notre éternelle finitude.

            La deuxième partie de la soirée propose le film récent de Stanley Tucci Alberto Giacometti, the final portrait, qui a bénéficié des autorisations et de l’expertise de la Fondation Giacometti. Ce « biopic » retrace le moment où Giacometti réalise le portrait de James Lord, qui a lui-même relaté son expérience des dix-huit séances de pose dans son ouvrage A Giacometti portrait (1965). Voici donc un portrait fictif, crédible, de Giacometti faisant celui de J. Lord faisant celui de Giacometti. La reconstitution du Paris des années 60, minutieuse jusqu’au cliché, et celle du quotidien, aussi confus que ritualisé, de l’homme Giacometti veulent mettre en valeur l’acharnement du créateur, la rageuse insatisfaction inhérente à son combat sans fin avec l’apparence, pour tenter de retrouver la vision originelle des choses, de l’être – en échouant. Progrès, abandons, reprises : tel est toujours l’effort de l’art. « Rater mieux », disait Beckett.

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