VOYAGE A PARIS – 28-30 NOVEMBRE 2019


« MODERNE MAHARAJAH – UN MECENE DES ANNEES 30 »

au Musée des Arts Décoratifs

musées de Saintes


COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE

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Informés et alléchés par la conférence du 11 octobre, nous retrouvons avec plaisir, mais en volume et en espace, les objets et le mobilier qu’elle évoquait et les aménagements du palais de Manik Bagh partiellement reconstitués au sein du Musée des Arts Décoratifs, avec les documents qui ont permis cette restitution.
            Les premières salles rappellent le contexte et les prémices du projet, et d’abord la situation dynastique et honorifique de ce maharajah, esthète oisif et richissime, ses rencontres avec les personnalités qui ont œuvré à cette réalisation singulière et ambiguë du modernisme (de l’incontournable et mystérieux Dr Hardy au polyvalent H.-P. Roché, de Jacques Doucet, figure modèle du collectionneur, à Eckart Muthesius, architecte industrieux et inventif), les visites au Salon d’Automne, au salon de l’Union des Artistes Modernes, à la Deutsche Bauausstellung de Berlin, et les commandes et les achats. Après Ruhlmann dès 1929, Louis Sogniot et Charlotte Alix présentent, l’année suivante, un « salon de repos pour une habitation coloniale » : comme avec Herbst et Perriand ou Jeanneret, la sobriété géométrique triomphe, et le métal sur le bois, mais également ici l’originalité sur la fantaisie, et le luxe élitiste sur la commodité abordable. Les dessins préparatoires pour le palais et les photos de celui-ci montrent de vastes parallélépipèdes de béton avec toit terrasse et larges baies ; or, les photos ont été retouchées par Muthesius lui-même, et il nous est loisible de les confronter avec le bâtiment tel qu’il a été réellement édifié (briques, toit pentu couvert de tuiles, fenêtres réduites), une fois pris en compte les impératifs du climat local. Le modernisme européen et purement technique n’est pas universel…
            Auparavant, du jeune couple princier, l’objectif de Man Ray a tiré des portraits graves et intimes, dont les clairs-obscurs creusent les sourires, recueillent un bonheur, laissent palpiter le charme. Car c’est un registre discret de cette exposition : elle raconte aussi une histoire d’amour, en même temps qu’elle évoque la figure d’un souverain exotique amateur d’art et qu’elle propose un aspect au moins du design français des années 30. A son tour, Boutet de Montvel, peintre alors de la haute société, donne des époux des images doubles (orientales et européennes), à sa manière stylisée et toute en aplats. Le maharajah notamment est pris en une contre-plongée qui allonge encore sa silhouette effilée et bistrée ; en habit de soirée, sous la cape noire doublée de satin blanc, il fait parade de son raffinement indolent, d’une sorte de lassitude rêveuse, très fin de lignée, à la limite de la complaisance.
            La galerie latérale, côté Tuileries, remet en scène des intérieurs de Manik Bagh : les chambres des époux, le cabinet de travail, la bibliothèque,... ; et le reste du palais est présenté en photos. Là encore, la modernité se dévoile davantage dans l’agencement que dans l’expression du fonctionnalisme tel que le prescrivait l’avant-garde de l’époque. La virtuosité de Muthesius est à son affaire avec le verre, le métal, des luminaires qui rythment l’espace. Puiforcat fournit les objets de table, Desny les lampes, Eileen Gray ou Perriand les chaises longues. On en passe. On s’étonne devant les fauteuils de bibliothèque intégrant éclairage et cendriers, devant le lourd lit en métal chromé, devant les parures dessinées par les plus grands joailliers ou la poussière de verre et de métal vaporisée dans la peinture des murs pour les faire scintiller. Mais les subtilités techniques et l’emploi délibéré de matériaux novateurs ou insolites (ébonite, cuir synthétique, lames d’acier, altuglas, duralumin, imitation de galuchat,...) ne servent-ils pas à la fin une sophistication ostentatoire ? A l’issue du parcours, les tapis dépouillés de Ivan Da Silva Brunhs et le très pur Oiseau dans l’espace de Brancusi nous ramènent à une simplicité ramassée.
            Le palais de Manik Bagh est achevé en 1933 ; après la mort précoce, en 1937, de la jeune maharani, Yeshwant Rao Holkar II, maharajah d’Indore, abandonne tout autre projet et déserte les lieux – on vous le disait : une histoire d’amour. Et déjà la guerre s’approche.

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Crédits photos

1 © Man Ray Trust 2019 - Coupe Maison Desny - © Adagp 2019 - Photo HB.
2 © Man Ray Trust 2019 - Service à cocktail Maison Desny - © Adagp 2019 - Photo HB.
3 © Collection particulière de S.A. Richard Holkar - © Man Ray 2015 Trust , Adagp Paris, 2019 - Photo HB
4 © Collection Al Thani 2019, Adagp 2019 - Photo HB.
5 © Collection Al Thani 2019, Adagp 2019 - Photo HB.
6 © Adagp 2019 - Photo HB
7 © Adagp 2019 - Photo HB
8 © Adagp 2019 - Photo HB 9 © Collection de S.A. Richard Holkar , © Adagp 2019 - Photo HB.
10 © Collection particulière de S.A. Richard Holkar - © Adagp 2019 - Photo HB.
11 © Adagp 2019 - Photo HB.
12 Photo HB.