CONFÉRENCE + FILM
Organisés en partenariat avec
Le Gallia Théâtre de Saintes


Vendredi 10 novembre 2017
A 18 h 30

Conférence de
Muriel Perrin
(directrice de l'Atelier du Patrimoine de Saintonge, ex-chargée d'études à  l'Association nationale des villes et pays d'art et d'histoire, animatrice de l'architecture et du patrimoine. )

"Marie-Guillemine BENOIST,
peintre officielle et subversive"

Dans l'époque agitée où elle vécut, M.G. Benoist (1768-1826) fut une des rares peintres femmes à connaître la consécration, sans toutefois éviter le préjugé social qui voulait que l'activité artistique, subversive par essence, soit réservée aux hommes.

suivie à 21 h par la projection du film

"Séraphine"
En 1912, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, premier acheteur de Picasso et découvreur du douanier Rousseau prend à son service une femme de ménage, Séraphine. Quelque temps plus tard, il remarque chez des notables locaux une petite toile peinte sur bois. Elle est l'œuvre de Séraphine.

musées de Saintes
COMPTE RENDU
FEMMES PEINTRES


Cette soirée tout entière féminine nous associait, pour la première fois, tant au Musée de l’Echevinage qu’au Gallia. Au musée, d’abord, sa directrice, Séverine Bompays, avait pour nous tiré des réserves le grand tableau de Marie-Guillemine Benoist (1768-1826) La Consultation ou la Diseuse de bonne aventure, peint en 1802 et revenu de Washington et de Scandinavie. D’un néoclassicisme pastoral, antiquisant, davidien, la scène conserve bien des ambiguïtés dans la disposition et l’attitude des personnages et maints éléments du décor: faut-il y voir un manifeste féministe ? C’était l’occasion de rappeler la hiérarchie des genres jusqu’à la Révolution et le statut des femmes peintres exclues de la peinture d’histoire parce qu’elle implique l’apprentissage du nu, incompatible avec la décence et leur pudeur. Elles ne sont pas rares pourtant à pratiquer un art, certes, limité aux fleurs, aux portraits, aux scènes intimistes, mais dont elles peuvent vivre: ainsi en fut-il, sous la Terreur, pour notre artiste, dont Muriel Perrin, directrice de l’Atelier du Patrimoine de Saintonge, retrace ensuite le parcours emblématique dans sa conférence «Marie-Guillemine Benoist, peintre officielle et subversive». Elève de Mme Vigée-Lebrun puis de David, qui accepte, dans un premier temps, de former des femmes au nom du respect de leur vocation, elle épouse à la même époque (1793) l’avocat Benoist, royaliste, suspect, clandestin, exilé, et subvient seule aux besoins de la famille en produisant des pastels et des scènes de genre. A partir de 1800, remarquée et soutenue par les Bonaparte dont elle peint des portraits, elle connaît une consécration certaine; mais, à la Restauration, qui se révèle aussi celle des préjugés et de l’ordre dit moral, elle doit sacrifier sa carrière à celle de son époux, nommé au gouvernement, ce qui la contraint, dans l’amertume, à renoncer à exposer.
Il faut retenir d’elle L’Innocence entre le Vice et la Vertu, où l’allégorie voile et dévoile les convictions féministes: le vice, au lieu d’une femme, est représenté par un homme, pourchassant une blanche jeune fille qui se réfugie auprès de l’austère Vertu, autre figure féminine, laquelle indique le chemin menant au loin vers le temple de la gloire. Le Portrait du député Belley, exposé en 1797, étonne le public d’alors : il s’agit d’un Noir, et d’un Noir député, peint de surcroît par une femme ! Enfin, en 1800, son chef-d’œuvre, le Portrait d’une négresse [sic] manifeste un esprit libre et multiplie les audaces artistiques et politiques: au plan pictural, par l’emploi de la couleur noire, jugée à l’époque «rebelle à la peinture», mais traitée ici en virtuose dans les dégradés de la peau, des cheveux, et relevée par le fond neutre et le blanc du vêtement ; c’est par ailleurs un portrait, ce qui fait du modèle anonyme l’égale d’une femme de la haute société, et sa position élégante, nonchalante, rappelle celle de Mme Récamier peinte par David; or, cette femme est une servante, sinon une esclave (l’esclavage, aboli six ans plus tôt, va être rétabli en 1802 par Napoléon); le sein dénudé lui-même la rapproche de l’allégorie de la République; quant au regard tourné vers nous, il impose une confrontation, nous interroge. Sur un autre plan, l’œuvre questionne le rôle que l’histoire assigne à la femme dans l’art, ou que, à bon droit, la femme revendique d’y jouer.
La soirée s’achevait avec la projection de Séraphine (2008) de Martin Provost. Le film retrace la vie, entre 1912 et 1935, de Séraphine Louis (1864-1942), dite de Senlis, humble domestique habitée par la peinture, à laquelle Yolande Moreau prête une humanité aussi farouche que subtile. Le réalisme le plus flaubertien (comment ne pas songer à Un Cœur simple ?) préserve et rehausse le mystère de la vocation de cette artiste « naïve », de son obstination radicale et de sa singularité, et montre comment le mysticisme voisine avec la création et avec la folie. L’obscur destin de Séraphine est ici redîmé par la délicatesse précise de l’évocation et la savante beauté des images. Rappelons qu’en ce même automne 2017, le «LaM», à Lille, rendait l’hommage qu’il méritait à Wilhelm Uhde, critique d’art et marchand allemand, inventeur des «primitifs modernes», qui découvrit Séraphine Louis en 1912 et la soutint autant qu’il put.
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