VENDREDI 11 OCTOBRE 2019


 
LA COLLECTION DU MAHARAJAH D’INDORE

Conférence de Corinne Dumas-Toulouse, historienne de l’art, conférencière au MAD.




musées de Saintes


COMPTE RENDU DE LA CONFÉRENCE

---------Cette conférence nous introduisait à la visite à Paris de l’exposition du Musée des Arts Décoratifs, dont vous trouverez plus loin le compte rendu, et, pour ceux qui n’ont pu aller la voir, aura tenu lieu de compensation…
            Il est très grand, très mince, gominé, en tenue de soirée, incliné au-dessus de sa très jeune épouse, dans un cliché noir et blanc pris par Man Ray dans un hôtel de Cannes ; et Boutet de Monvel, peintre et décorateur fort en vogue dans les milieux mondains, adepte d’une sobriété stylisée, à son tour fera du couple quatre portraits, en tenues hindoues et occidentales : Rao Holkar II (1908-1961), maharajah d’Indore, formé à Oxford, voyage et villégiature en Europe, passionné par les créations novatrices qui marquent, dans les années 1920-1930, l’histoire des arts décoratifs ; il en achète ou commande (joyaux, meubles, sièges, objets d’art, tapis, luminaires, services de table, …) et les fait installer dans sa résidence privée de Manik Bagh conçue comme une œuvre totale, à l’écart des palais familiaux officiels et traditionnels. La modernité occidentale est ici, en une  singulière acculturation, absorbée sans mélange ni mesure.
            Mais non sans intermédiaires. Quatre personnages ont orienté les choix du maharajah, éduqué son goût. D’abord le Dr. Marcel Hardy, son précepteur à Oxford, qui le sensibilise aux idées progressistes en matière de culture européenne et lui fait connaître dès 1927 Henri-Pierre Roché (le notoire auteur de Jules et Jim), lequel cultive d’éclectiques relations artistiques et conseille de grands mécènes. Puis, en 1929, grâce à Roché, Jacques Doucet, juste avant sa mort : du couturier et amateur d’art, mécène fameux aussi, la collection et les aménagements serviront de modèles au jeune souverain. Enfin Eckart Muthesius : cet architecte berlinois a 25 ans quand il rencontre le maharajah à Oxford, toujours en 1929 ; dès l’année suivante, il entreprend la construction du palais de Manik Bagh et l’achève en 1933. « Sorte de petit Bauhaus portatif à lui tout seul » (P. Ory), Muthesius dessine aussi le mobilier, le luminaire, invente encore un train aménagé, deux avions, une tente pour la chasse… Pour autant, le jeune couple ne se laisse pas dicter ses choix : il prospecte, visite les ateliers, fréquente le Salon des artistes décorateurs. Et ceux qu’on n’appelle pas encore des designers y présentent les créations achetées ou commandées par le couple. Par exemple Ruhlmann, alors dans la deuxième phase de sa carrière, expose un « Studio pour un prince héritier des Indes » dont la destination est sans ambiguïté. Autres créateurs à l’œuvre : René Herbst (Chaise longue n°114), Louis Sognot et Charlotte Alix qui combinent métal et verre, Charlotte Perriand, Eileen Gray, Puiforcat qui a imaginé le monogramme du commanditaire et dessine vases, coupes, ménagère de couverts. De photo en photo, c’est-à-dire du vestibule au salon de bal, de la salle à manger à la bibliothèque, des chambres au bureau, nous visitons alors le palais aux murs peu garnis (pas de « beaux arts »), aux tons beige ocré, rouille, corail, verts, aux accords chromatiques audacieux, aux formes épurées, géométriques, comme les tapis réalisés sur mesure par Ivan Da Silva Bruhns et qui rappellent des tableaux abstraits. Auprès de Brancusi enfin, le maharajah acquiert en 1933 un Oiseau dans l’espace, mais leurs autres projets ne verront pas le jour. En 1937, le décès, à 23 ans, de la maharani semble mettre un terme à la vie du palais de Malik Bagh. Le prince mourra en 1961. Sa collection, dispersée à Monaco vingt ans plus tard, se trouvait donc cet automne réunie à nouveau à Paris.

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---------Après le dîner partagé, devenu plaisamment habituel, nous laissons, ce soir-là Le Fleuve, premier film en couleur de Jean Renoir (1950) nous emporter dans le courant de ses eaux lentes et souveraines. Aux abords de ce Gange, point de palais, d’éléphants, de chasse au tigre. L’Inde que montre Renoir échappe aux clichés touristiques, et le film, à une lecture étroitement psychologique. Perçu à travers le regard frémissant d’une adolescente, cette saison d’une famille anglaise établie au Bengale se révèle une initiation à l’amour, à la mort, à la naissance ; elle éclaire le passage à l’âge adulte, celui du temps, sa fécondité, la métamorphose par le consentement à l’irréversible.

Diaporama 7 photos
Crédits photos: 1- Daniel Dalet / 2 Wikipédia / 3,4,5,6,7 Facebook du Royal India United



  • Carte de l'IndeCliquez pour agrandir
  • Portrait du Maharajah d'Indore.
  •  Entrée du palais de : Manik Bagh
  •  Petit salon.
  • Bibliothèque.
  • Bureau du Maharajah.
  • Console.
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