CONFÉRENCE + FILM
Organisés en partenariat avec
Le Gallia Théâtre de Saintes


vendredi 13 octobre 2017
A 18 h 30

Conférence de
Pascal TORRES
(conservateur en chef au musée du Louvre)

"Goya, l'invention de la modernité
dans l'art"

suivie à 21 h par la projection
du film de Milos Forman

"Les fantômes de Goya



musées de Saintes
COMPTE RENDU
SOIREE GOYA

Cette soirée, la première, pour cette saison, de notre partenariat avec le Gallia, associe une conférence et un film. D’abord, donc, M. Pascal Torrès, Conservateur en chef au Musée du Louvre, nous montre en Goya, l’invention de la modernité. Ecartant d’emblée la chronologie et le récit biographique, supposés connus, il nous fait pénétrer bientôt dans « la maison du sourd » où Goya, autour de 1820, enfermé dans son infirmité et un isolement total, réalise, à l’origine pour lui seul, à l’huile et à même les murs, les « peintures noires », quatorze œuvres secrètes et véhémentes qui transforment le lieu en « Sixtine de l’art moderne » et qui nous sont une à une projetées. La reconstitution virtuelle de la maison révèle comment, par leur disposition, non seulement elles dialoguent entre elles et avec les espaces et les volumes, mais, par leurs thèmes, elles rivalisent avec les maîtres et les codes de la peinture antérieure, de l’esthétique classique, désormais récusée. Ainsi, Le Grand Bouc (Le Sabbat) fait face au Saturne qui renvoie à Rubens, comme Judith, à Guido Reni ou Gentileschi. Ici, l’art, échappant à l’imitation, dédaigne d’être illusion ou séduction, et, troublant toute habituelle certitude, devient un moyen de révélation. Ces ténèbres, ces noirs qui nient la couleur, il faut en traverser les épaisseurs et les replis pour voir apparaître l’invisible en train de prendre. Tout le parti du peintre, tout l’enjeu de la peinture est de peindre ce qui n’est pas visible.
Si l’on veut comprendre une rupture si radicale, il convient de revenir en arrière : en 1792, Goya, premier peintre de la Cour, comme tel intouchable, est soudain ravagé par la maladie. Infirme dorénavant, il renonce à ses fonctions et, à 46 ans, devient enfin lui-même. Les 82 Caprices qu’il grave alors, par le refus de la couleur, le choix même de l’eau-forte, leurs fonds, leur éclairage, rejettent le réel et font surgir un monde imaginaire et abstrait peuplé d’êtres difformes, de larves, de sorcières, de bêtes humanisées, aussi éloignés de la caricature que de la mascarade. Pour exprimer l’inhumain, il ne s’agit pas d’en représenter une vision, même minutieuse, mais d’avoir trouvé un style qui en soit capable. Puis Goya transpose dans la peinture cette écriture de l’angoisse et des voix nocturnes des démons et des épouvantes (Le Préau des fous, Hôpital des pestiférés, Intérieur de prison). Vingt ans après les Caprices, il grave les Désastres de la Guerre, qui doivent certes à Callot, mais annoncent puissamment les « peintures noires » et sont nés de la même solitude (Goya ne les publie pas). Evocations de l’occupation napoléonienne ? Tenant moins du reportage que du cauchemar, ces fléaux et ces supplices appartiennent sans doute à l’Histoire mais sûrement à l’immémorial. Comme l’apparition crucifiée du fusillé du Trois mai, leur spectacle arrache leur imposture aux apparences, en fait vaciller le monde, atteint le mystère. Et ensuite ? Que reste-t-il, quand on est allé au bout de son art ?  A lithographier, en exil, les Taureaux de Bordeaux, où se pressent Manet, et, d’une vieille main tremblante, à peindre, ultime  hommage à la beauté, cette Laitière qui contemple et affronte, à peine discernable dans le fond trouble, un œil monstrueux qui veille encore…

Après un dîner enlevé et sympathique, notre soirée se poursuit avec la projection d’un film méconnu de Milos Forman. Les Fantômes de Goya met une intrigue de feuilleton, une distribution internationale et le registre grotesque au service d’une fable politique aisément transposable, et d’une réflexion sur le rôle de l’artiste : c’est le personnage de Goya, escorté ici de références à Bosch, à Bruegel et à ses propres œuvres, qui perce à jour les pantins sanglants et dérisoires de l’Histoire, dont il fait les portraits. Du carnaval dramatique de cette dernière, otage ou collaborateur, attentif, effrayé, inlassable, il témoigne.

Diaporama 8 photos

  • GOYA - Autoportrait
  •  La maison du sourd
  • Saturne
  • Les Caprices n°63
  •  Les Caprices n°72
  • Les Désastres n°37
  • Les Désastres n°39
  • La Laitière de Bordeaux
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